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Morgan Tsvangirai, Premier Ministre du Zimbabwe, que cela change-t-il ?
Edito N°4 du 23 mars 2009

Faut-il le considérer comme une avancée décisive ou comme un pis-aller face à l’impasse zimbabwéenne ? Morgan Tsvangirai, le principal opposant a prêté serment le 03 mars 2009, après avoir formé un gouvernement d’union nationale avec le parti au pouvoir. Aboutissement d’un parcours du combattant engagé au lendemain du deuxième tour de l’élection présidentielle le 27 juin 2008 qui avait vu Robert Mugabe, au pouvoir depuis 29 ans, lui voler la victoire, à la barbe de la communauté internationale. Evoquant une présidentielle « ni libre ni équitable », marquées de « violences orchestrées par l’Etat », de « discours de haine » et de « rhétorique de guerre », Les observateurs internationaux avaient alors présenté le scrutin comme « non conforme aux normes de l’Union africaine sur les élections démocratiques » et avaient conclu que « l’élection ne reflét(ait) pas la volonté du peuple ». Robert Mugabe avait malgré tout immédiatement prêté serment et, le lendemain 30 juin, était, comme si de rien n’était, accueilli en Chef d’Etat au sommet de l’Union Africaine de Charm-El-Cheikh où ses pairs, obligés à l’introspection, avaient été réduits à souhaiter qu’il partage le pouvoir avec l’opposition, agissant ainsi en parfait syndicat du crime contre la démocratie.

Faut-il encore revenir sur la situation économique et sociale de ce pays, jadis grenier de l’Afrique australe, qui est aujourd’hui un cas d’école en matière d’échec des politiques publiques. L’aide alimentaire s’adresse désormais à la moitié de la population. L’inflation y est martienne ; en pourcentage, on parle de milliards. Le choléra y est désormais endémique, déjà plus de 4000 morts en huit mois. Le chômage y touche la majorité de la population active, plus de 90% dit-on. Mais le train de vie du Président de la République est surréaliste. Il vient de fêter son 85e anniversaire, avec, dit-on, un menu de 80 vaches, 70 chèvres, 12 porcs et un gâteau géant de 85 kilos, pour un budget estimé à 250 000 USD.

En fait, Robert Mugabe a déjà fait sa religion sur la situation de son pays : c’est la faute aux britanniques et à leurs alliés occidentaux qui ont décidé depuis 2002 d’un embargo sur les armes et sur l’aide financière internationale, en représailles, argue-t-il, à sa réforme engagée en 2000. Faut-il rappeler que le peuple zimbabwéen consulté par référendum en 2000 avait rejeté à 54,7% le projet de réforme agraire tel que planifié par Mugabe ? Pour qui roule-t-il donc ? Eh bien, le leader a trompé son peuple, et continue à narguer la communauté internationale. Pour l’instant, il profite amplement d’une mode qui veut, comme on l’a vu au Kenya en 2007, que le perdant/fraudeur aux élections partage le pouvoir avec l’élu du peuple. C’est ainsi, à force de composer avec les déviants, que les fondamentaux de la démocratie sont vidés de leur substance. On aboutit à cette version tropicale qui : (i) vante la longévité absolue au pouvoir, avec célébration ostentatoire des anniversaires successifs ; (ii) approuve sans scrupule la dérive dynastique des régimes supposés élus ; (iii) pose la bonne volonté ou l’humeur du Président de la République comme bases de fonctionnement de l’Etat et de ses institutions ; (iv) en cas de conflits, notamment électoraux, considère la position du détenteur circonstanciel du pouvoir exécutif comme postulat puisque, de fait, ce dernier peut user et abuser tout à fait impunément des moyens de l’Etat –notamment de l’armée, de la police et des services de renseignements- pour imposer son point de vue.

On se moque ainsi du peuple, au prétexte que les inventeurs du système démocratique ne font pas mieux. Sans doute nos dirigeants préfèrent-ils secrètement des systèmes plus autocratiques, que certains posent souvent à tort comme une invention des cultures africaines, à l’image des chefferies traditionnelles. Faut-il encore démontrer que ces systèmes tropicaux ne présentent aucune originalité, puisqu’ils trahissent surtout le rêve humain, bien souvent inavoué, de s’établir en divinité terrestre ? C’est-à-dire être l’objet de louanges et de sacrifices, commander la pluie et le beau temps, être distributeur exclusif de bien-être, et considérer toute contestation comme crime de lèse-majesté.

Dans le cas du Zimbabwe, l’entrée en fonction de Morgan Tsvangirai ne règlera pas la situation de ce pays, dont le destin est devenu vraisemblablement intimement lié à l’espérance de vie de Robert Mugabe. Au mieux, cela permettra-t-il d’amorcer une transition politique qui s’annonce toutefois houleuse et à durée indéterminée, pendant que le peuple continuera à crever. A moins que la Communauté internationale prenne enfin plus énergiquement ses responsabilités en abrégeant ce châtiment indu.

Par Hervé LADO
herve.lado@sciences-po.org

Illustration par Guy-Landry NZEKWA (HELGE)

 
 
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