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Développer le réseau de transports dans une Afrique Centrale instable
Edito N°6 du 18 Mai 2009

Dans une Afrique Centrale incandescente de ses incessantes rebellions et autre tentatives de coup d’Etat, et jalouse de ses patriarches aux sorts éternellement concurrents, apparaîtrait presque lunatique qui se fierait à des plans pluriannuels de développement visant à édifier un réseau fonctionnel d’infrastructures de transport. Pourtant un PDCT-AC (Plan directeur consensuel des transports en Afrique Centrale) existe bel et bien, aux ambitions tout à fait décomplexées. Adopté en 2004 par les onze Chefs d’Etats de la CEEAC (les six de la Cemac, RDC, Sao Tome, Angola, Burundi, Rwanda), le PDCT-AC intègre les projets du Nepad en Afrique Centrale sur l’ensemble des modes route-rail-air-mer, et est exécuté depuis 2007. En cette période difficile, il est bon d’évoquer ces secteurs qui maintiennent un niveau d’activité tout de même insolent au regard des montants en jeu et des objectifs affichés. Intéressons-nous en particulier au volet routes et génie civil du programme dans huit de ces pays (Cemac+RDC+Sao Tome).

Ils consacrent annuellement près de 3 Mds EUR aux infrastructures routières et ouvrages de génie civil. Ces dernières années, avant que la crise ne contrarie leurs efforts, ils avaient vu leurs ressources augmenter de manière spectaculaire grâce à la manne pétrolière (Guinée Equatoriale et Tchad), aux espoirs de normalisation de la situation politique (RDC et RCA), à une réduction importante de l’endettement extérieur (Cameroun), ou encore à l’entrée en scène de nouveaux bailleurs de fonds (Congo et RDC).

Malgré le faible taux d’équipement (9 véhicules pour 1000 habitants), le transport routier constitue ici le principal mode de déplacement, assurant près de 90% du transport intérieur de voyageurs et de marchandises, pour une densité routière de 4,9 km/100 km² (moyenne africaine de 4,2 km). Quatre modes de transports sont représentés : route, air, mer/fleuve/lac (Tchad excepté), rail (excepté Guinée Equatoriale, RCA, Sao Tomé et Tchad), et quatre pays (Cameroun, Gabon, Congo et RDC) abritent chacun l’ensemble de ces modes, avec toutefois des niveaux de fonctionnement et d’intermodalité disparates. En raison de son immensité géographique (3,5 fois la France) et de sa situation post-conflit, la RDC est à elle seule un véritable défi. Les projets routiers envisagés dans ce pays sur les cinq prochaines années se chiffrent à plus de 6 Mds USD. Toutefois, la Guinée Equatoriale (600 000 hbts) apparaît comme le marché le plus important de la région, avec un budget d’investissement annuel de l’ordre de 1,5 Md EUR.

A l’exception de la Guinée Equatoriale et, dans une certaine mesure, du Tchad, qui ces dernières années ont pris en charge leurs investissements routiers principalement sur ressources internes, la réhabilitation et les travaux neufs dans la région reposent sur les appuis extérieurs traditionnels que sont l’Union Européenne/FED (dons), la Banque africaine de développement/FAD (dons et prêts), la Banque Mondiale/IDA, l’AFD-Agence française de développement, les fonds arabes ou islamiques (BID, Badea, Fonds Koweitien, Fonds saoudien), le Fonds de l’Opep, la CTB, la KFW, et depuis peu la Chine (en particulier au Congo et en RDC) qui prête en contrepartie de gisements miniers et contrats de travaux publics exclusifs pour ses entreprises.

L’un des objectifs majeurs du PDCT-AC est d’aménager des liaisons entre les capitales par un réseau multimodal permanent. A partir du Cameroun par exemple, alors que l’axe Yaoundé-Libreville (924 km) est déjà opérationnel, l’aménagement de l’axe vers la Guinée Equatoriale, et des corridors vers le Tchad et la RCA (Projet multi-bailleurs de Facilitation des transports doté de 300 Mds FCFA) se poursuit pendant que la réalisation des corridors vers le Congo et le Nigéria se précise, notamment via la transafricaine Sénégal-Kenya. Par ailleurs, foisonnent divers projets de ports en eaux profondes (Cameroun, Sao Tomé, Gabon, Guinée Equatoriale, RDC), d’aéroports internationaux (Gabon, Guinée Equatoriale, Congo), et de barrages et centrales hydroélectriques dans le cadre du pool énergétique d’Afrique Centrale dont le cœur est la RDC. De réelles opportunités correspondant à de réels besoins mais dont la mise en œuvre nécessite de la stabilité politique.

Le contexte régional est donc de nature à susciter de l’espoir mais il s’agit d’une espérance inquiète. Car la stabilité dans chaque pays est encore trop volatile, et le demeurera tant que continueront à fermenter dans les cœurs rancœurs et espoirs déçus au sein de tous ces clans et tribus qui ont le sentiment d’être exclus du pouvoir à vie, et qui se laissent, hélas, tenter par la vengeance ou par l’instrumentalisation. D’ici-là, la RCA devra négocier toujours et à tout moment une stabilité abstraite, la Guinée Equatoriale la sienne chaque jour, la RDC dès la fin de chaque négociation, le Tchad à chaque saison sèche (pour la saison en cours, le cours serait déjà très élevé, à plus de 200 morts), et les autres pays réputés stables probablement dès la prochaine vacance de pouvoir.

Par Hervé LADO
herve.lado@sciences-po.org

Illustration par HELGE

 
 
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