
« Il y a une injustice flagrante. Tout en étant le continent qui participe le moins au rejet de gaz à effet de serre, environ 3,8%, l’Afrique est paradoxalement la plus vulnérable, la moins armée face aux changements climatiques » a déploré Jean PING, Président de la Commission de l’Union Africaine, au Forum Mondial du Développement Durable (FMDD) tenu à Ouagadougou les 10 et 11 octobre 2009. Comme pour approuver ce constat, d’après un classement des pays proposé par Maplecroft selon leur degré de risques liés aux changements climatiques, 22 des 28 pays classés en « risques extrêmes » sont africains.
Pour se faire entendre à Copenhague du 7 au 14 décembre prochain, l’Afrique veut parler d’une seule voix, celle de Mélès ZENAWI, Premier Ministre d’Ethiopie, qui a d’ores et déjà menacé de quitter les négociations si les attentes de l’Afrique ne sont pas satisfaites. La délégation africaine défendra une position qui se veut inédite et résolument engagée :
Réduction par les pays développés de 40% de leurs émissions en 2020 et de 80% en 2050 par rapport à 1990. Position cohérente avec celle de la Chine, l’Inde et la fourchette haute des recommandations du GIEC
Dotation de l’ordre de 67 milliards de dollars par an au titre de l’adaptation du continent au changement climatique
Dotation de l’ordre de 200 milliards de dollars par an au titre de l’atténuation des effets du changement climatique
Modification du régime de propriété intellectuelle sur les technologies vertes afin de faciliter leur accessibilité et leur transfert vers les pays du Sud.
Pour mémoire, l’Afrique abrite le deuxième poumon de la planète constitué des forêts humides du bassin du Congo qui s’étendent sur 2 millions km² et sur six pays d’Afrique centrale, le premier poumon étant l’Amazonie. On estime pourtant qu’à cause du changement climatique, l’insuffisance d’eau, la diminution des rendements agricoles et la malnutrition l’affecteront avec une gravité singulière.
Au nombre des précédentes initiatives du continent, on note l’annonce au 6e FMDD à Brazzaville en octobre 2008 d’un Fonds africain pour le développement durable dont la Banque Africaine de Développement a été chargée de la mise en place sous l’égide de l’Union Africaine. Le continent s’est par ailleurs doté en novembre 2008 à Alger d’une déclaration commune appelant la communauté internationale à respecter les engagements pris dans le cadre du protocole de Kyoto. La déclaration d’Alger a servi de base à la signature en décembre 2008, en marge du sommet de Poznań, par l’Union Africaine et l’Union Européenne, d’une déclaration commune sur la lutte contre le changement climatique, dans laquelle l’Afrique souscrit à l’objectif de limiter le réchauffement à +2°C horizon 2100.
Copenhague sera donc l’occasion d’inventer un nouveau mode de production post-Kyoto à l’échelle planétaire. A l’approche de cette échéance, les positions des principaux pays pollueurs face à ce défi historique apparaissent déjà relativement tendues car les enjeux sont éloquents : engager résolument les Etats-Unis, responsabiliser la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie, dédommager l’Afrique, tout ceci dans un climat mondial encore convalescent des crises financières, économiques, sociales et politiques.
Par Hervé LADO
herve.lado@sciences-po.org
Ce texte est une mise à jour de l’Edito n°3 du 02 mars 2009 : Comment l’Afrique prépare-t-elle l’après-Kyoto ?.